Voile. Sébastien Josse : « Déjà la tête au Vendée Globe »

Mi-juillet, le monocoque Gitana 16, plan Verdier – VPLP et construit chez Multiplast à Vannes, sera mis à l’eau. Objectif Vendée Globe 2016 pour Sébastien Josse (40 ans).

© Recueilli par Eric HORRENBERGER. – Ouest France

Sébastien, vous voila reparti pour une nouvelle grosse aventure ?

Le projet Vendée Globe est arrivé l’an dernier, en même temps que la fin du circuit des multicoques MOD70. J’ai manifesté une grande motivation et Gitana Team a apprécié. En monocoque Imoca et sur le Vendée Globe, il y avait une histoire à finir (en 2008, Loïck Peyron, qui portait les couleurs de la famille de Rothschild sur le tour du monde en solitaire et sans escale avait démâté ; Sébastien Josse avait abandonné peu après victimes de multiples avaries).

Une page s’est tournée avec la fin des MOD70 (multicoques monotypes de 21,2 m) ?

Le Gitana Team avait envie d’être dans la continuité de son histoire avec la course au large, l’avenir du circuit multicoque était flou. On s’est dit : « On se repose, on regarde et on observe ce qui se passe en multicoque et en Ultimes…” Le Vendée Globe s’est inscrit naturellement dans notre avenir commun. C’était aller dans le bon sens.Gitana 16 est en construction. Entre les architectes, le bureau d’études, le chantier, quel est votre rôle ?Une fois que le cahier des charges est communiqué et assimilé, on est un peu là en garde-fou, en fait non c’est un bien grand mot. J’ai transmis mon ressenti. Pour le prochain Vendée Globe, on a choisi de faire des choses fiables, pas les plus innovantes mais les moins risquées. On n’oublie que l’objectif est de finir une course et que les bateaux seront quand même un peu des sous-marins.

Mais votre influence…Ce sont les architectes (Guillaume Verdier et le cabinet VPLP) qui définissent les formes de coque. Mais j’ai disputé la Mini Transat sur un bateau qui ressemblait à un babouche (bateau de 6,50 m) et j’avais un ressenti sur ce type de bateau, un ressenti que je n’avais jamais eu. J’en ai fait part aux architectes, je leur ai dit qu’un babouche était un fabuleux bateau et ça a été entendu. Et mes idées ont été appliquées sur Gitana 16. Mais ensuite, c’est vraiment l’ère du numérique qui prend le dessus dans la conception d’un bateau.

Quelle est votre touche personnelle ?En Imoca, beaucoup de choses sont figées par la classe : la longueur du bateau, la quille, le mât… Ce qui nous caractérise c’est le volume de l’étrave, on a été au maximum de la jauge. On a énormément travaillé parfois au détriment de l’ergonométrie. Mais on a privilégié le gain en terme de performance sur de longs bords. Avec un bateau plus simple, tu peux exiger plus du skipper avec moins de risques. Et la lucidité est plus grande pour le marin.

Depuis quelques années, les courses s’enchaînent pour vous. Le plus beau reste à venir ?Je raisonne différemment. C’est passé tellement vite car je n’ai pas vu le temps passer. Je ne me dis pas non plus que ma carrière durera aussi longtemps que celle d’un Peyron ou d’un Desjoyeaux. Chaque jour, je me dis que ce qui m’arrive est génial, grâce au Gitana Team. Ça durera le temps que ça durera mais j’ai hâte que tous ces projets voient le jour.

Vous y pensez déjà à ce gros multicoque dont on a appris très récemment la prochaine construction ?Je prends les projets les uns après les autres. Je ne veux pas me laisser déborder, aujourd’hui je me prépare pour être à 100 % dans le Gitana 16 et ce jusqu’à l’arrivée du Vendée Globe. Ensuite, je me consacrerai au Maxi, mais pas avant. Je ne veux pas me laisser emballer par la machine.

Un monocoque à venir, un maxi, vous êtes un privilégié ?Oui, clairement. J’ai énormément de chance de bénéficier de la confiance du Baron et de la Baronne de Rothschild. C’est même unique. Je suis conscient de cette confiance, j’espère ne pas les décevoir.

Mise à l’eau du monocoque Imoca programmée mi-juillet, quelle est votre actualité ?On vient de remporter le Tour de Belle-Île avec le MOD70, il y a beaucoup de choses à développer sur ce bateau, dans l’optique du maxi. On s’y consacre tous les jours.

D’ici à l’été, c’est donc sur plusieurs coques que l’on vous verra sur l’eau ?On vient de faire l’acquisition d’un GC 32 (un catamaran à foils de 32 pieds), cela va nous permettre d’appréhender toute cette génération de bateaux volants avec des appendices nouveaux. En juin, on disputera le Bol d’Or à Genève sur ce bateau. Le Mod70 a été remis à l’eau il y a trois semaines. Toute cette phase d’apprentissage va nous fournir une base de données en vue du prochain maxi-multicoque (mise à l’eau prévue en 2017). Ensuite, tout va aller très vite.

C’est compliqué d’anticiper l’arrivée prochaine de deux bateaux ?Il faut parfois jongler. On a une plate-forme d’essai. L’idée, c’est de ne pas arriver le jour J du début de la construction (du maxi-multicoque) en se demandant : « On fait quoi ?” Aujourd’hui, on a la chance de pouvoir tester de nouveaux appendices presque à l’échelle réelle. On défriche pour que le jour où on lancera la construction on ne parte pas dans l’inconnu. Qu’on puisse se dire, c’est tel type d’appendice qu’il nous faut, à tel endroit, avec telle incidence, c’est telle ergonométrie de cockpit que nous voulons. La construction d’un tel bateau demande un temps considérable. On ne cesse de se demander si on est dans le vrai ou le faux, si on fait bonne ou fausse route. On ne cesse de faire des ajustements, de tamponner des plans qu’on pense juste.

Mais avant, il y aura le monocoque Imoca et la Transat Jacques Vabre en double, premier test grandeur nature (départ le 25 octobre vers Itajai au Brésil). Avec qui ?Il y a une short-list, on verra, on attend. On attend déjà que ce bateau soit fini et qu’il ressemble à quelque chose (sourire).

Ensuite, ce sera le Vendée Globe 2016. Après votre abandon en 2008, vous avez une revanche à prendre ?(rire). Tout le monde me pose la question ! La voile est un sport mécanique et ça ne passe que dans 50 % des cas. Cette course, c’est d’abord un rêve de gamin et aujourd’hui encore je rêve de la gagner. Ça me tient vraiment à cœur. Je n’y vais pas par hargne ou par besoin de prouver quelque chose. J’y retourne vraiment décontracté avec un super-bateau, un beau projet, un timing idéal et une équipe avec un gros savoir-faire. J’ai juste envie de faire du mieux possible. Avec la même envie de l’époque où j’étais gamin.


Gitana 16 Imoca 60 par OuestFranceFR