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Un seul safran, un volet sur la quille : Le nouveau Pogo de Vincent Riou au « choix architectural assumé »

Après quelques saisons passées à accompagner des skippers, comme Thibaut Vauchel-Camus en Ocean Fifty et Aurélien Ducroz en Class40, l’expérimenté Vincent Riou est bel et bien de retour, aux commandes de son propre projet. Mis à l’eau le 19 février dernier, son nouveau Class40 est ambitieux : un seul safran et un volet sur la quille. Avant son retour à la compétition sur The Transat CIC, départ le 28 avril prochain, Vincent Riou nous explique les choix sur ce nouveau bateau.

 

Voiles et Voiliers : Parlons un peu de votre nouveau bateau qui a été mis à l’eau le 19 février dernier. C’est un Pogo du chantier Structures mais un peu différent ?

Vincent Riou : C’est un Structures mais un peu différent. Je vais dire que Structures m’a vendu une coque pontée et structurée. Moi je me suis occupé d’équiper le bateau et puis de faire les pièces un peu particulières qui sont les appendices du bateau. Parce que le bateau, il a une particularité, c’est qu’au lieu d’avoir deux safrans et une quille fixe, eh bien il a un seul safran et une quille avec un trimmer, avec un volet. Donc c’est un choix architectural assumé que j’ai fait et que le cabinet Verdier a étudié pour moi. À côté de ça, c’est un Pogo, il n’y a pas eu de grosses modifications, je voulais juste essayer ce concept-là.

Avec un seul safran, on a moins de tenue de route.

Voiles et Voiliers : Selon vous, qu’est-ce que ça va apporter au bateau ?

Vincent Riou : Bon, on sait qu’avec une quille à volet, on est capable d’être plus performant qu’avec une quille fixe. Donc ça, c’est une certitude. Maintenant, avec un seul safran, on a moins de tenue de route, donc ça va être un bateau un petit peu plus « touchy » à piloter. Maintenant dans quelle mesure ? On ne sait pas bien encore, parce que c’est difficile de simuler la conduite d’un bateau, même avec les outils numériques qu’on a aujourd’hui. Les premiers essais sont plutôt concluants, mais on est assez content. Après, à chaque fois ce sont des compromis d’architectures. On gagne d’un côté, on perd de l’autre. Donc on sait que l’allure pour remonter dans le vent, pour descendre dans le vent, ça risque d’être un bateau plutôt très performant, aux allures de reaching ça va être un peu plus compliqué parce que quand on a des fortes gîtes avec un seul safran, c’est plus dur à piloter. Il va falloir déjà un petit peu de temps pour le mettre au point, un petit peu de temps pour se confronter avec les autres et pour tirer des conclusions. J’ai bon espoir que ce soit un concept qui fonctionne maintenant, ce sera plus typé que d’autres bateaux.

Voiles et Voiliers : Ce volet de quille est autorisé par la jauge ?

Vincent Riou : La jauge, elle autorise trois appendices. Et à partir du moment où on met un volet sur la quille, un trimmer, parce qu’en plus, c’est explicite dans la jauge que le fait qu’un trimmer, un intercepteur, enfin certains artifices comme ça qui permettent d’améliorer les bateaux et d’améliorer les carènes, ça correspond à un appendice. Donc j’ai fait le choix de mettre un safran, un trimmer et une quille.

Voiles et Voiliers : Si vous aviez eu le choix vous auriez donc mis deux safrans ?

Vincent Riou : J’aurais mis deux safrans. Par contre, le défi en face, c’est de réussir à faire un système de safran et une géométrie dans le safran qui n’handicape pas trop le bateau.

J’assume le risque d’y aller un peu trop tôt.

Voiles et Voiliers : Là du coup vous allez partir dans moins de deux mois pour votre première course : The Transat CIC. C’est une course engagée en Atlantique Nord…

Vincent Riou :  La Transat CIC est une transat engagée qui arrive, entre guillemets, un peu tôt dans le programme. Maintenant, on fait dans la voile, on ne choisit pas toujours son timing. Le timing était comme ça, il y avait le choix de faire ça ou de ne pas faire parce que même la NIJI40 (transatlantique entre Belle-Ile-en-Mer et Marie-Galante) c’était trop tôt pour moi. J’assume le risque d’y aller un peu trop tôt et j’essaie de faire en sorte qu’au moins on atteigne l’objectif d’arriver et de finir la course et je mets toute mon expérience pour réussir ça.

Voiles et Voiliers : Les Class40 vont peut-être un peu souffrir justement sur ce type de parcours. On a pu voir que certains nouveaux Class40 n’aimaient pas trop taper dans les vagues au près…

Vincent Riou :  Ouais, j’ai essayé d’anticiper ça dans la conception du bateau. J’ai réfléchi au programme. Je pense que c’est le plus solide de tous les Pogo S4 parce qu’on a déjà utilisé toute l’expérience des précédents et du coup on a fait le choix de cloisonner un peu plus l’avant. On a remis deux séries, plein de choses qui ont été rajoutées sur les autres au fur et à mesure. Donc normalement ça doit être un bateau solide. Maintenant, on sait que ça n’existe pas, Donc est ce qu’on est allé assez loin ? Réponse dans quelques semaines.

@Voiles et Voiliers