Un nouveau Multi 50 pour Lalou Roucayrol

© Romaric Neyhousser 

Avec l’aide de ses partenaires, la Région Aquitaine et Port Médoc principalement, Lalou Roucayrol lance la construction d’un nouveau trimaran. Dessiné par Romaric Neyhousser avec Guillaume Verdier et Benjamin Muyl, c’est un Multi 50 sans concession qui tire les enseignements d’Actual, conçu par les mêmes architectes.

Décembre 2010. Après une très honorable deuxième place en Multi 50 dans la dernière Route du Rhum, Lalou Roucayrol ramène son solide trimaran sur l’Atlantique Nord. Ils sont quatre à bord, ont infléchi leur route en prévision d’un fort coup de vent. Le bateau trace au portant sous grand-voile haute et solent dans 25 noeuds, sous le contrôle du pilote. Un équipier est en veille dehors, Lalou à la table à cartes, les autres à la bannette.

Soudain un grain orageux violent double le chiffre de l’anémomètre. Une bourrasque à 50 noeuds et hop, Région Aquitaine-Port Médoc est catapulté cul par-dessus tête. Lalou agrippe in extremis l’équipier de quart coincé sous le cockpit pour le ramener à l’intérieur. Sain et sauf, l’équipage est rapidement récupéré par un cargo, un sauvetage raconté en détail dans le livre que vient de publier Eric Loizeau, <Chavirés>, aux Editions Glénat.

Tout se termine donc bien mais dans la manoeuvre, le cargo brise un flotteur du trimaran. La durée d’émission de la balise Sarsat laissée à bord ne permet pas d’organiser une récupération de l’épave…

Sur ce trimaran auto-construit avec un budget minimum, Lalou se serait bien vu tenter un tour du monde en solitaire contre les vents dominants. Une première en multicoque qui fait blêmir, mais ne se discute pas. Surtout quand on a en face de soi un marin qui, au chapitre multicoques, a tout de même réussi deux La Baule-Dakar en solo sur prao et terminé second dans la terrible Route du Rhum 2002 en 60 pieds ORMA – il était alors le skipper de Banque Populaire. « J’ai mis de côté ce projet, explique Lalou, mais je le ferai un jour. C’est un objectif dans ma vie. Peut-être pour la retraite !« 

En attendant la retraite, donc, le Médocain a toujours soif de compétition. Cette fois à armes égales avec les ténors de la classe Multi 50 qu’il regardait passer un peu vite du pont de son précédent trimaran. Il ne l’avait pas voulu extrême, mais marin, habitable et solide, dans l’esprit initial des Nootka.

Mais les Multi 50 ont vite dérivé vers des engins de vitesse pure, sorte de 60 pieds ORMA réduits et simplifiés. Alors, pour les prochaines saisons, Lalou a demandé à Romaric Neyhousser, accompagné de Guillaume Verdier et Benjamin Muyl, de lui dessiner un nouveau trimaran, au maximum de la jauge, fort de l’expérience acquise sur Actual, à Yves Le Blévec.

Se placer au minimum du poids de jauge, fixé depuis cette année à 3 tonnes.

« Whaou 3 était un peu plus léger et Actual a été pesé à 3,3 tonnes« , explique Neyhousser. Pour gagner ces kilos, la coque centrale sera encore plus fine que celle d’Actual : « Un couteau, affirme son architecte, quasiment sans habitabilité. Tout va se passer dehors, manoeuvres, navigation et communication avec une cabane dont le design ne plaira peut-être pas à tout le monde ! » Un peu plus basse que celle d’Actual, la coque centrale aura aussi un plancher de cockpit rehaussé et les postes de barre détachés seront minimalistes.

Dessiner des flotteurs moins puissants que ceux d’Actual.

Neyhousser explique : « Lorsqu’Yves nous a demandé de dessiner son trimaran , il avait peu d’expérience du multi en solo. On a conçu un bateau de mer assez « safe », avec de gros volumes de flotteurs et un centre de gravité reculé pour compenser l’absence de foils (interdits par la jauge, ndlr). Si l’on compare avec les mouvements de Whaou 3, le flotteur d’Actual reste au-dessus de l’eau lorsque celui de Whaou filtre les vagues. Il y a certainement un compromis à trouver.« 

Deux formes de flotteurs vont donc être testées en simulation numérique par ESI, entreprise partenaire du projet. L’une assez classique, l’autre proche de ce qui se fait en Formule 18, « la classe qui tente le plus de trucs aujourd’hui« , selon Roucayrol. « Mais attention, prévient l’architecte, on ne peut pas tout avoir, à la fois des formes très en « U » pour sustenter et la souplesse d’un perce-vagues. Et puis, ce qui est fait sur un 18 pieds dont le poids de l’équipage constitue 50 % du déplacement ne se transpose pas comme ça à un bateau de 3 tonnes.« 

Quel que soit le niveau de puissance retenue, les étraves devraient arborer une pente inversée, type perce-vagues. Pour harmoniser la coque centrale, mais conserver la capacité d’amurer le plus en avant possible le gennaker (les bouts-dehors sont interdits en Multi 50), Région Aquitaine-Port Médoc devrait se voir affublé d’un petit rostre. « On va dessiner un avion ! s’enthousiasme Lalou, la quintessence de ce qu’on peut faire dans cette taille !« 

Pendant que les architectes peaufinent les formes de flotteurs, la construction de la coque centrale devrait commencer en septembre, dans les locaux de C2T, Centre de formation professionnelle situé à Blanquefort, dans la banlieue bordelaise. Elle sera encadrée par Thierry Eluère (ex-Chantier de Larros : Aquitaine Innovations, Médiatis, Safran…). L’idéal pour Lalou serait d’être à l’eau au plus tard en juin 2012, pour participer à Québec/Saint-Malo.

Source. Voiles & Voiliers // www.voilesetvoiliers.com (article paru le 05.08.2011).

Plus d’information : Site officiel du projet de Lalou Roucayrol >>

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