Un nouveau trimaran pour voler autour du monde

Un nouveau trimaran pour voler autour du monde

L’écurie Gitana d’Edmond de Rothschild se lance dans une aventure de haut vol avec un nouveau trimaran.

©TribuneDeGenève

«Une mise à l’eau est toujours émouvante!» s’est exclamé, un brin débonnaire, le baron Benjamin de Rothschild en observant avec attention le maxi-trimaran se poser sur la rivière de Vannes. «Ce que j’attends surtout avec impatience, c’est de naviguer sous voile», glisse-t-il, enthousiaste, avant de rejoindre le bord pour un premier convoyage au moteur vers Lorient. Libéré de ses élingues, le Gitana 17-Edmond de Rothschild profite de la faveur de la marée pour quitter le quai sous les applaudissements du public.

La famille Rothschild, le skipper Sébastien Josse ainsi que l’équipe technique emmènent le bateau fraîchement baptisé vers la sortie du Golfe du Morbihan pour rejoindre Lorient, où il doit recevoir son mât.

Finance et qualité suisses

Construit au chantier Multiplast de Vannes, filiale du groupe Carboman – auquel l’entreprise suisse Décision SA appartient – ce voilier de 32 mètres de long, 23 de large et 15,5 tonnes a nécessité 140 000 heures de travail dont 35 000 de développement. Présent pour l’occasion, Bertrand Cardis, administrateur de Carboman et cofondateur de Décision, ne cachait pas sa fierté d’être associé à ce projet avant-gardiste.

«Il y a bien sûr le financement qui est suisse, ce qui n’est pas la moindre des choses, a-t-il relevé, mais une partie du savoir-faire vient également de chez nous. Depuis notre fusion avec le chantier breton, nous partageons toutes nos connaissances et nous avons été présents et actifs pour cette réalisation hors du commun.»

Ariane de Rothschild, présidente du comité exécutif du groupe du même nom, était également émue: «Ce voilier est le fruit de recherches réalisées sur les trois derniers bateaux. Il s’inscrit dans les 140 années de création et d’innovation de Gitana. C’est un merveilleux aboutissement.»

Véritable bombe technologique, l’engin dessiné par Guillaume Verdier, architecte du récent vainqueur de l’America’s Cup Team New-Zealand, ambitionne de voler sur ses foils autour du monde. Un défi audacieux, car maîtrisé en eaux lisses, mais jamais encore dans la houle du large. Pour ce faire, une dérive centrale en aile de raie et des foils (plans porteurs permettant de s’élever au-dessus de l’eau) particulièrement imposants. «Le but est d’avoir un maximum de stabilité de vol», explique Cyril Dardashti, directeur de l’écurie. «Nous avons énormément travaillé sur ce point. Il faut également pouvoir rendre le bateau raisonnable quand les conditions l’imposent, afin de traverser les gros coups de vent sans heurts.»

Deux ans de mise au point

Discret durant l’ensemble des opérations de mise à l’eau, Sébastien Josse, skipper en titre de l’écurie depuis 2011, cache toutefois difficilement son impatience. «Nous avons hâte de naviguer, mais passablement de points à défricher. Ça reste bien sûr un bateau, même si les surfaces de contact avec l’eau sont de moins en moins présentes. Il va falloir évoluer pour réussir à le maîtriser et surtout à l’optimiser.»

Record du monde en vue

La préparation va donc être primordiale ces prochains mois, afin d’aligner Gitana 17 au départ de la Transat Jacques Vabre en novembre prochain. La Route du Rhum 2018 est ensuite au calendrier, une épreuve qui devrait permettre de parfaire la mise au point en vue de la course autour du monde en solitaire et en multicoque qui prendra le départ de Brest en 2019. Entre-temps, des tentatives de records sur l’Atlantique Nord pourraient être envisagées, en fonction des opportunités. «Nous avons à ce stade un programme pour deux ans, mais un bateau comme celui-ci va rester compétitif une dizaine d’années. Nous avons donc du temps pour exploiter notre machine», poursuit Cyril Dardashti

Avec comme chiffre clé, un record du tour du monde en solitaire en 49 jours et trois heures. En équipage en 40 jours et 23 heures. Et, depuis vendredi dernier, une traversée de l’Atlantique Nord entre le phare d’Ambrose (New York) et Cap Lizard (Angleterre) en 4 jours et 11 heures. Le trimaran Edmond de Rothschild n’a pas peur de viser haut pour tenter de ravir ces temps mythiques, et peut-être même les survoler.

Rédigé par Vincent Gillioz

©TribuneDeGenève