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Six IMOCA neufs construits aux quatre coins de l’Europe

Tout l’été se sont enchainées les mises à l’eau, cérémonies de baptême, tests de sécurité et premières navigations des six monocoques IMOCA de dernière génération construits dans la perspective du Vendée Globe 2016. Ces six bateaux neufs étant désormais tous à l’eau, en phase de préparation et de rodage, faisons le point, car si tous ont les mêmes architectes (la fameuse association entre les cabinets VPLP et Guillaume Verdier), pas moins de quatre chantiers différents ont oeuvré à la construction de ces six IMOCA, du nord au sud de l’Europe.

©Mer et Médias

Cela fait beaucoup d’architectes, d’ingénieurs, de techniciens et de « boat-builders » (environ 500 au total) qui ont uni leurs efforts pour tenir les délais et livrer les machines les plus performantes possibles. Tous ces nouveaux bateaux ont des foils assez semblables, ces appendices porteurs qui feront leur baptême du feu lors de la Transat Jacques Vabre. On constate enfin que si les équipes françaises ont parfois travaillé en tandem sur certains aspects de conception (Safran et Banque Populaire chez CDK. Groupe Edmond de Rothschild et StMichel-Virbac chez Multiplast). De son côté, Alex Thomson a voulu un bateau presque 100% anglais et Andrea Mura souhaitait un bateau exclusivement italien, avant de céder sa place… Entrons maintenant dans le détail.

Safran / Morgan Lagravière : mis à l’eau le 5 mars 2015 à Lorient (Morbihan/France)

Pour Safran, premier du nom, Marc Guillemot avait été précurseur en demandant le premier une association des cabinets d’architectes VPLP et Guillaume Verdier. Le deuxième Safran est lui aussi pionnier, puisqu’il a été le premier des nouveaux bateaux pour le Vendée Globe 2016 à toucher l’élément liquide, en mars dernier. Construit par CDK Technologies dans ses installations de Lorient (à la différence de Banque Populaire VIII lui aussi construit par le chantier breton CDK, mais dans sa base de Port-la-Forêt), ce Safran-là a fait l’objet de collaborations avancées avec le Team Banque Populaire. Alors que les équipes de Jean-Pierre Dick et de Sébastien Josse ont collaboré au chantier Multiplast, celles de Safran et Banque Populaire ont travaillé ensemble en amont de la construction chez CDK : ils ont partagé les moules, une partie des études et une partie des réflexions sur les appendices porteurs dont est bien sûr équipé le bateau que mènera Morgan Lagravière pendant le Vendée Globe 2016. En attendant, avec un autre figuriste de talent – Nicolas Lunven – ils seront à compter parmi les favoris de la Transat Jacques Vabre. Sur la Rolex Fastnet Race le mois dernier, les deux complices ont réussi à se hisser sur le podium (3e), derrière deux bateaux de la génération précédente (PRB et Groupe Quéguiner… qui n’est autre que le premier Safran). Logique : les bateaux ayant participé au Vendée Globe 2012 sont déjà largement optimisés, alors que les tout nouveaux sont encore en phase de rodage. Mais ce Safran-là aussi « envoie du lourd », comme on dit sur les pontons. Il a déjà ouvert son palmarès.

Banque Populaire VIII / Armel Le Cléac’h : mis à l’eau le 9 juin à Port la Forêt (Finistère/France).

« Très typé reaching et allures portantes », le nouveau Banque Populaire VIII est à l’eau déjà depuis trois mois et a beaucoup navigué depuis : pas moins de 7000 milles en solitaire et en équipage réduit ont déjà été avalés par la nouvelle monture d’Armel Le Cléac’h (lire par ailleurs). Toute l’équipe du chantier CDK Technologies de Port-La-Forêt et le Team Banque populaire ont respecté les délais de chaque étape de construction pour livrer au double deuxième du Vendée Globe un voilier capable de l’amener sur la dernière marche du podium qu’il lui reste à conquérir : la toute première ! Le bateau est bien né et donne toute satisfaction à son skipper pour le moment. Un petit problème de ballasts constaté pendant la Rolex Fastnet Race a aussitôt été résolu et Armel participera à la Transat Jacques Vabre (avec Erwan Tabarly comme coéquipier) avec des ambitions déjà importantes : conquérir un podium dès la phase de rodage. C’est ambitieux, mais on connait Armel Le Cléac’h : il n’a pas vraiment la réputation de partir pour faire de la figuration. Surtout, il profitera de la Transat pour étalonner sa machine…

Groupe Edmond de Rothschild / Sébastien Josse : mis à l’eau le 7 août à Vannes (Morbihan/France).

La nouvelle machine de Sébastien Josse – toujours un plan VPLP-Verdier – a été construite en onze mois au chantier Multiplast de Vannes, dirigé par Yann Penfornis. Auparavant, une partie des études avaient été réalisées en collaboration entre le Team Gitana et celui de Jean-Pierre Dick. De grands noms se sont également penchés sur sa conception et son optimisation, en plus de Vincent Lauriot-Prévost et Guillaume Verdier. Sébastien Josse en personne s’est beaucoup impliqué dès les études. « Jojo » croit beaucoup aux foils (il avait été le premier à installer un appendice porteur sur le safran de son trimaran MOD70) et les premières sorties du bateau ont été plus que satisfaisantes. Groupe Edmond de Rothschild est lui aussi un bateau léger (7,6 tonnes), très typé portant et conçu pour aller très vite dès qu’on peut ouvrir les voiles ! Sébastien Josse voulait une machine pour jouer la gagne… elle en a visiblement le potentiel.

(Ex) Vento Di Sardegna

Sorti de chantier le 3 août à Bergame (Lombardie / Italie) pour le skipper italien Andrea Mura qui voulait « un projet 100% italien » et avait donc choisi de faire construire son plan VPLP-Verdier au chantier Persico Marine, à Bergame. Un chantier de grande qualité, qui a livré par le passé des RC44, des bateaux de l’America’s Cup ou des Maxis comme le célèbre « Ran ». Ce qui a été fait et bien fait : le bateau est sortie du chantier au début du mois d’août et mis à l’eau à Lorient quinze jours plus tard. Depuis, Andrea a perdu son sponsor et le bateau a été mis en vente. L’heureux acquéreur reste anonyme à ce jour, mais on sait qu’il va bénéficier de l’appui de Michel Desjoyeaux via son écurie de course Mer Agitée.

Hugo Boss / Alex Thomson : mis à l’eau le 5 septembre à Southampton (Hampshire/Angleterre)

Puisque son souhait le plus cher est d’être le premier Britannique à gagner le Vendée Globe, il était logique qu’Alex Thomson choisisse un chantier anglais pour construire son nouveau destrier. Si le bateau a lui aussi été dessiné sur plans VPLP-Verdier, Alex a opté pour une construction chez Green Marine, près de Southampton. Après deux années de conception et de réalisation, le tout nouvel Hugo Boss a touché l’eau dans le Solent, ce bras de mer au nord de l’île de Wight le 5 septembre dernier, soit une semaine avant celui de Jean-Pierre Dick. On a hâte de recevoir les premières impressions de son skipper après les premiers essais en mer et notamment son retour sur les appendices porteurs. Alex a la réputation d’aimer la puissance et de tirer fort sur ses machines…
 Et Green Marine a une image d’excellente, après avoir construit d’autres IMOCA par le passé mais aussi des TP52 ou encore des bateaux de la Volvo Ocean Race.

StMichel-Virbac / Jean-Pierre Dick : mis à l’eau le 12 septembre à Vannes (Morbihan/France)

La toute nouvelle monture de Jean-Pierre Dick est à l’eau depuis quelques jours : son lancement a eu lieu ce samedi 12 septembre à Vannes, après 6800 heures de conception et 28400 heures de construction assurées par une centaine de personnes au total. StMichel-Virbac a pris la suite de Groupe Edmond de Rothschild dans les ateliers de Multiplast. A noter qu’une partie des études a été réalisée en collaboration avec le Gitana Team. Bien sûr lui aussi est armé de foils. Tout orienté vers la performance, avec un cockpit entièrement dégagé où est intégré une zone de matossage, c’est le bateau qui aura le temps de préparation le plus court avant sa participation à la Transat Jacques Vabre : à peine plus d’un mois. Pas forcément un problème pour Jean-Pierre, triple vainqueur de la transat en double, et dont le grand objectif est évidemment d’accéder au podium du Vendée Globe 2016.